L’expression « Pas féérique » provient de mon premier film Juste un spectacle pour enfants (2020), dans lequel je met en lumière l'enchaînement des stéréotypes de genre dans une « innocente » comédie musicale de Noël.
Dans ce projet, je m’intéresse à ce qui arrive quand on n’entre pas dans ce que j’appellerai ici la « norme du féérique », celle qui est vantée à longueur d’histoires. Je raconte la petite fille qui ne se rêve pas en robe de princesse ou bien la femme qui, à l’âge de devenir mère, ne vit pas les premiers pas dans maternité comme un accomplissement heureux.
Animation d'une scène de Mal partum sur Photoshop
Que nous en soyons conscient·es ou non, nous sommes façonné·es depuis le plus jeune âge par des histoires. Il y a celles que nous rencontrons dans les fictions (les livres, les films) et celles que nous croisons dans les images du quotidien (les magazines, les publicités, etc.) Ces différents récits finissent par être intériorisés et ont souvent pour conséquence de limiter nos possibilités et ce, dès le plus jeune âge.
Quand – volontairement ou non – on s’écarte de la norme produite par ces récits, la sanction sociale pointe vite son nez et l’estime de soi peut prendre un sacré coup… surtout lorsque l'on est enfant.
Pas féérique, c’est l’endroit où, à la veille de mes quarante ans, j’ai commencé à m’emparer de mes hontes pour en faire des forces.
En tant que graphiste, cela faisait une quinzaine d’années que je mettais ma créativité au service des autres et j’avais besoin de faire quelque chose pour moi.
Faire : en voilà un mot important. Il a fallu que j'arrêter de douter avec ma tête et que je mette à fabriquer, et la formule magique s'est imposée :
« Dire ce que j’ai à dire, en faisant tout ce que j’aime faire »
Pas féérique est devenu mon terrain de jeu/je dans lequel je pouvais écrire, dessiner, fabriquer des choses, bricoler des films, jouer, faire des voix bizarres, de la musique… et même chanter.
Banc-titre fait-maison
Éclairage de studio fait-maison
Accessoires en carton plume
Document de travail
Séance d'enregistrement (piano, batterie et voix) en solo aux Studios Bleus, Paris
Making of de mon premier film Juste un spectacle pour enfants
Plus tard, quand mes films ont commencé à être vus, j’ai pu constater que se mettre ainsi en scène permettait de toucher les gens, et même ceux qui ne sont pas familiers avec mes sujets. Je pense que c’est une affaire de proximité : comme je pourrais être leur sœur, leur fille, leur collègue ou encore leur vieille copine de lycée, il y a comme un effet miroir. Ce que je leur raconte de moi, les yeux dans les yeux, ça leur parle aussi d'eux ; et puis ce que je dis de mes sujets de cœur, ça leur fait aussi penser à leurs sujets à eux, quels qu’ils soient.
Extrait de mon deuxième film : Les Cheveux courts
J’aimerais, pour terminer, vous raconter une anecdote qui illustre ça :
Lorsque j’ai présenté Les Cheveux courts au Frames festival d’Avignon en 2022, j’ai pris une chambre chez une dame très sympa. On a un peu discuté et elle a eu envie de voir mon film ; je lui ai donc laissé le lien avant de partir à ma projection. À mon retour en fin de journée, elle était en train de se préparer pour aller rejoindre des ami·es à une grande fête. Après m'avoir dit qu'elle avait vraiment adoré Les Cheveux courts (ouf !), elle m'a confié que mon film lui avait donné envie d’écrire un texte pour le lire devant les autres invité·es. Elle était très enthousiaste, comme si elle s’était sentie pousser des ailes. De quoi a-t-elle eu envie de parler ? Je ne lui ai pas demandé car cela lui appartenait, mais, c’est probablement la plus belle chose que l'on m’ait dite à propos de mon travail.